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Une IA interne sans cloud américain : réaliste en 2026 ?

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La question revient dans presque chaque conversation avec une direction : « on aimerait utiliser l’IA, mais on ne peut pas envoyer nos dossiers chez OpenAI ». Elle est légitime. Le CLOUD Act américain de 2018 permet aux autorités des États-Unis d’exiger d’un fournisseur américain les données qu’il héberge, y compris dans un datacenter en Suisse. Pour une fiduciaire, une étude, une fondation qui gère des données de bénéficiaires, ce n’est pas un détail juridique : c’est un critère d’architecture.

La réponse honnête, en 2026, n’est plus « impossible ». Trois choses ont changé.

Ce qui a changé

La Suisse a son modèle ouvert

En septembre 2025, l’EPFL, l’ETH Zurich et le Centre suisse de calcul scientifique ont publié Apertus, un modèle de langage entièrement ouvert (licence Apache 2.0), en versions 8 et 70 milliards de paramètres, entraîné sur plus de 1 000 langues, dont environ 40 % de données non anglophones, suisse-allemand et romanche compris. Données d’entraînement, code et poids sont publics : une organisation peut vérifier ce que le modèle contient, ce qu’aucun modèle propriétaire ne permet. Le Tribunal fédéral explore déjà son usage.

L’offre d’hébergement suisse a mûri

Swisscom donne accès à Apertus via sa plateforme d’IA souveraine. Infomaniak propose depuis Genève des modèles ouverts à la demande (API compatible OpenAI) et a étendu début 2026 son cloud public avec des services managés pensés pour migrer depuis les hyperscalers. La chaleur de ses serveurs alimente le chauffage urbain genevois. Exoscale offre l’équivalent côté infrastructure. Pour les cas les plus sensibles, un serveur avec une carte graphique correcte dans votre armoire réseau fait tourner un modèle de 8 milliards de paramètres.

Le cadre politique s’est clarifié

La Confédération construit son Swiss Government Cloud (319 millions de francs votés fin 2024, premiers services dès 2026-2027) : signal clair que la localisation des données est devenue une affaire d’État. Côté réglementation, le Conseil fédéral a choisi en février 2025 une approche sectorielle : pas de loi suisse générale sur l’IA avant 2027 au plus tôt. Ce qui s’applique dès à présent, c’est la nLPD, et, pour qui sert le marché européen, l’AI Act, dont l’essentiel des obligations arrive en août 2026.

Ce qui marche réellement, et ce qui ne marche pas

À l’échelle d’une organisation de 10 à 100 personnes, trois usages sont mûrs :

  • Retrouver l’information dans vos propres documents : un assistant interne qui répond à partir de vos procès-verbaux, contrats ou documentation qualité, en citant ses sources ;
  • Transcrire et résumer : séances, entretiens, courriers longs ;
  • Traiter des documents : extraction de données de factures, tri de formulaires, préparation de réponses types.

Il faut dire aussi ce qui ne marche pas. Un modèle ouvert auto-hébergé ne rivalise pas avec les tout derniers modèles propriétaires pour le raisonnement complexe. Et aucun modèle ne compense des données en désordre : un assistant qui indexe des dossiers mal tenus produira des réponses mal tenues.

Par où commencer

Un périmètre étroit : un seul corpus de documents, un groupe pilote de trois à cinq personnes, une charte d’usage claire pour tout le monde, y compris sur ce qui reste interdit dans ChatGPT. Mesurer un mois. Élargir ensuite. C’est un projet de quelques semaines, pas une transformation d’entreprise ; et chaque franc investi reste dans une infrastructure que vous contrôlez.