HERMES sans le poids : un projet informatique dans une petite commune
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Voici un cas de synthèse. Une commune remplace son logiciel de gestion. Le fournisseur promet de migrer les données en trois semaines, l’exécutif approuve. Quatorze mois plus tard, le contrôle des habitants tourne encore en parallèle sur l’ancien système, et la facture a doublé sans qu’aucune décision formelle ne l’ait validée. Le projet n’a pas dérapé faute de compétences, mais faute de points d’arrêt : personne n’avait prévu un moment où la commune pouvait dire non. Les jalons HERMES donnent ces moments.
Une méthode publique, gratuite, sans obligation communale
HERMES est la méthode de gestion de projet de la Confédération suisse, publiée comme norme ouverte et sans frais de licence. Elle encadre les projets fédéraux et revient dans des programmes et des appels d’offres du secteur public. À la commune de dire si le projet, ou son propre règlement, lui impose la méthode. C’est un outil de conduite de projet, pas une obligation qui pèserait sur toutes les communes.
Cinq jalons, cinq occasions de dire non
Je garde les jalons que le risque et le mandat justifient, et j’écarte le reste. Un petit projet communal n’a pas besoin de toute la méthode pour profiter de ses points de décision.
Dans son approche traditionnelle, la méthode actuelle compte cinq phases ; l’approche agile en compte trois. L’essentiel se joue entre les phases. Un jalon n’est pas une case dans le calendrier : c’est une décision, où l’autorité qui paie examine le travail livré et autorise, ou refuse, les dépenses de la phase suivante. Pour un exécutif communal :
- fin d’initiation : le projet mérite-t-il d’exister, options chiffrées à l’appui plutôt qu’une proposition unique
- fin de conception : la commune sait ce qu’elle achète avant la première ligne de code
- fin de réalisation : la solution correspond à ce qui avait été décidé
- déploiement : la migration des données a réussi, et quelqu’un l’a vérifiée au lieu de l’espérer
- clôture : la documentation est remise, le contrat est soldé
La commune de l’exemple n’avait pas besoin de toute la méthode. Le deuxième jalon aurait suffi.
HERMES One, pour les projets simples
Une commune de trois mille habitants n’a ni bureau de projet ni comité de pilotage disponible en permanence. La méthode le prévoit : HERMES One, dont la page officielle existe désormais en français, est une variante allégée pour les petits projets. Allégée ne veut pas dire sans décisions, sans responsables ni sans preuves : gardez ce qui reste proportionné au risque et à l’engagement.
Trois rôles que la commune doit distinguer
Trois rôles portent un petit projet :
- Le commanditaire : l’autorité qui mandate le projet et tranche aux jalons. C’est l’exécutif communal, et la commune ne délègue pas ce rôle.
- Le chef de projet : la personne qui pilote les travaux et en rend compte.
- Le représentant des utilisateurs : la personne qui répond du fonctionnel. Celle qui tient le guichet sait si le logiciel marche ; le fournisseur, non.
Le fournisseur qui livre peut-il aussi conduire le projet ? Il conduit légitimement sa propre livraison. La commune, elle, garde le rôle de commanditaire, le pilotage de son côté, la recette et les décisions aux jalons. Sur un projet risqué, ou dans une commune sans ressource interne, un chef de projet indépendant réduit les conflits d’intérêts ; ce n’est pas une règle valable pour le moindre engagement.
Le lien avec les marchés publics
L’initiation produit un besoin décrit, des options évaluées et un coût estimé sur toute la durée de l’engagement. C’est de là que découle la procédure applicable, comme l’expose l’article sur le cadre légal des engagements communaux. Une commune qui a cadré son projet avant l’appel d’offres ne devine plus la procédure à l’aveugle.
Les quatre documents à obtenir avant de signer
La méthode ne remplace pas le jugement, et une mention de « compatibilité HERMES » ne prouve pas que le fournisseur sait conduire votre projet. Ce qu’elle apporte tient dans les livrables de la phase d’initiation :
- un examen du besoin réel
- deux ou trois options chiffrées, dont celle de ne rien changer
- une analyse des risques et de la protection des données
- un coût total sur toute la durée de l’engagement, et non par année budgétaire
Quatre livrables, proportionnés à la taille du projet. Le temps qu’ils prennent dépend de l’état des données, du nombre de parties prenantes, des options et des risques. C’est le prix, visible celui-là, d’un projet qui reste sous l’autorité qui le paie.
HERMES, et les limites de cette adaptation
- Présentation de la méthode HERMES
- Guide de gouvernance HERMES
- HERMES One pour les petits projets, page officielle en français
J’ai vérifié les cinq jalons au regard de HERMES le 14 août 2026. Ces cinq jalons adaptent la méthode à un cas communal simple. Ils ne remplacent pas le choix du scénario, des rôles et des livrables que le projet réel exigera.