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L’IA arrive dans les salles de classe : les points à régler pour la rentrée 2026

Publié le · mis à jour le

En 2026, l’intelligence artificielle entre officiellement dans plusieurs systèmes scolaires romands. Fribourg ouvre aux élèves du secondaire I l’accès à Copilot, soit les 12 à 15 ans, depuis l’école comme depuis la maison. Vaud a choisi une voie plus prudente : un outil dédié, utilisable en classe seulement, pour des exercices encadrés. Ces deux cantons ne résument pas la Suisse romande, mais ils marquent la fin d’une période où l’IA en classe restait l’affaire de quelques écoles pionnières.

Les écoles privées ne partent pas de zéro. L’International Baccalaureate aborde l’IA dans l’apprentissage, l’enseignement et l’évaluation : le travail des élèves doit respecter sa politique d’intégrité académique et signaler correctement les contenus générés. Les établissements de la région repensent leurs examens, avec un retour de l’oral là où le devoir écrit ne prouve plus grand-chose. La question posée aux directions n’est donc plus « faut-il y aller ? » mais « comment, et avec quelles garanties ? ».

Le chantier est pédagogique et organisationnel

La pédagogie appartient aux enseignants, qui ne la délèguent pas. En parallèle, la direction répond à une autre série de questions : où vont les textes saisis, quelles données d’élèves circulent, qui a signé quoi avec quel fournisseur, et qui reste responsable d’une décision.

Ces données concernent des mineurs, et le cadre légal a ses particularités : une école privée relève en général de la LPD fédérale pour ses traitements privés, tandis qu’une école publique dépend du droit cantonal. Une délégation de tâche publique, ou le statut de l’école, brouille parfois cette frontière ; voir l’analyse dédiée. Le registre des traitements, l’information aux parents, les contrats de traitement : tous ces documents existent déjà sur le papier, et les directions posent l’IA par-dessus.

Certaines facultés ont tranché. La Faculté des sciences de l’Université de Genève interdit de confier des données personnelles ou confidentielles à des outils d’IA publics ; cette directive ne vaut pas pour toute l’université. L’école qui n’offre ni outil approuvé ni règle claire cumule les risques : les enseignants collent des évaluations, des travaux et des noms d’élèves dans des comptes gratuits, sans cadre ni trace. L’absence de règle multiplie les dégâts possibles. Le choix de l’outil et de son fournisseur compte, autant que la manière dont chacun l’emploie.

Les outils scolaires sont déjà le maillon faible

Avant même l’IA, les services numériques des écoles montraient leurs faiblesses. PowerSchool a été compromis fin 2024 : son enquête décrit une exfiltration après la compromission d’un identifiant de support. L’ampleur exacte varie selon les districts et les notifications, et ne se résume pas à un chiffre global. En 2024, le gouvernement de Singapour a confirmé un effacement à distance par Mobile Guardian. En mai 2026, un attaquant a par ailleurs revendiqué des données de milliers d’écoles et d’universités via Canvas, sans confirmation complète de l’opérateur dans cette source. Une revendication criminelle reste une allégation tant que l’enquête ne l’a pas établie.

La Suisse n’est pas épargnée : en 2023, le réseau scolaire bâlois a subi le vol de 1,2 téraoctet de données, dont des données d’élèves publiées ensuite sur le darknet.

La leçon à en tirer n’est pas la peur de l’IA. Classez chaque outil, l’IA comprise, d’après les décisions qu’il prend réellement. Le fournisseur sera sous-traitant, responsable du traitement indépendant ou responsable conjoint. Prenez le contrat qui correspond à ce rôle, vérifiez les lieux de traitement et les sous-traitants ultérieurs, protégez les comptes d’administration par une authentification forte, et prévoyez un plan de sortie si le fournisseur déçoit. Rien d’expert là-dedans : de la diligence ordinaire, qui n’existe cependant que si la direction s’en charge.

Les points qu’un établissement doit avoir réglés

Une politique d’usage

Pour les élèves, les enseignants et l’administration. L’approche de l’IB donne un bon point de départ sur l’intégrité académique, sans tenir lieu de politique de protection des données. Précisez ce qui est permis, avec quels outils, comment l’élève déclare son recours à l’IA, et quelles données n’entrent jamais dans un service non approuvé.

Une liste d’outils approuvés

Peu d’outils, mais vérifiés : un contrat de traitement, un hébergement connu, des comptes gérés par l’école. Une telle liste enlève toute raison d’ouvrir un compte personnel gratuit.

Des formations par rôle

Une première séance pose les règles et répond à la question du jour : quelles données peuvent entrer, lesquelles ne le peuvent pas ? Une séance unique ne tient pas dans la durée. Les enseignants, les administrateurs, la direction et le personnel de support ont besoin, chacun selon son rôle, de scénarios, d’exercices, de rappels et d’un canal pour signaler les erreurs.

Une information aux parents

À envoyer d’avance, de préférence avant la première question posée en soirée de parents. Dans une école internationale, les familles habituées au RGPD poseront la question de toute façon, et en anglais : prévoyez les documents dans les deux langues.

Une option souveraine pour l’administration

Pour les usages internes, comptes rendus de séance, correspondance, préparation de documents, il existe des modèles ouverts hébergés en Suisse ou sur site, et des modèles de pointe servis depuis des régions cloud zurichoises. J’ai détaillé le réaliste et le reste dans un article dédié. L’option suisse ou locale existe ; les accès, les journaux, les sous-traitants ultérieurs, les clés et la qualité restent à tester. Une région suisse n’efface pas la juridiction de l’opérateur.

Le registre qui relie la pédagogie et la protection des données

Pour chaque usage, notez l’objectif pédagogique, le groupe d’âge, les utilisateurs, les entrées autorisées et interdites, le rôle du fournisseur, l’entraînement éventuel du modèle sur les données, les lieux et la durée de traitement, la personne qui décide, l’accessibilité, la règle d’intégrité, le contact en cas d’incident, la date de révision et les conditions de sortie. Ce registre oblige la pédagogie et la protection des données à se parler.

Les textes cantonaux cités

Les politiques cantonales et les fonctions des produits changent. Relisez le registre avant chaque rentrée, et après tout changement notable chez un fournisseur.

Politiques cantonales en vigueur au 14 août 2026.

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