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Quitter les clouds américains, outil par outil : les alternatives suisses et européennes

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Le moment s’y prête. Microsoft a relevé les prix de Microsoft 365 de 13 à 33 % au 1er juillet 2026, et la COMCO a ouvert une enquête préalable sur ses pratiques tarifaires en Suisse. Le CLOUD Act, lui, n’a pas bougé : un fournisseur américain peut être contraint de livrer les données qu’il héberge, y compris depuis un datacenter suisse. Beaucoup d’organisations romandes se posent donc la même question : par quoi remplacer quoi ?

Trois critères pour juger une alternative, avant la liste. Le siège de la société (qui répond à quel droit), le lieu d’hébergement (où vivent les données), la réversibilité (peut-on exporter et partir). Et une règle d’honnêteté : toutes les alternatives ne se valent pas ; quand l’outil américain reste devant, autant le dire.

Communiquer

Au lieu de Gmail ou Outlook.com : Infomaniak Mail ou Proton Mail (Genève)

Deux messageries genevoises, deux philosophies : Infomaniak pour une adresse professionnelle sur votre domaine, avec agenda et contacts ; Proton pour le chiffrement de bout en bout. Dans les deux cas, les boîtes vivent en Suisse.

Au lieu de Microsoft 365 ou Google Workspace : kSuite (Infomaniak), ou Nextcloud (Allemagne)

kSuite regroupe mail, stockage, documents collaboratifs, visioconférence et messagerie d’équipe, hébergés en Suisse. Nextcloud est la voie auto-hébergée : vos serveurs, vos règles. Soyons honnêtes : un utilisateur avancé d’Excel verra la différence ; une PME qui écrit, calcule et partage n’y perdra rien.

Au lieu de Zoom ou Teams : kMeet, ou Jitsi

kMeet (Infomaniak) fonctionne sans compte, depuis le navigateur. Jitsi est le logiciel libre que l’on héberge soi-même quand la visioconférence ne doit dépendre de personne.

Au lieu de Slack : kChat (Infomaniak), ou Threema Work (Suisse)

kChat reprend les canaux et les fils de discussion, dans kSuite. Threema Work couvre la messagerie mobile d’équipe, sans numéro de téléphone ni carnet d’adresses aspiré.

Stocker et partager

Au lieu de Google Drive ou Dropbox : kDrive, Tresorit ou pCloud (Suisse)

kDrive pour l’usage quotidien d’équipe ; Tresorit, société zurichoise passée en mains majoritaires de la Poste suisse, pour le chiffrement de bout en bout sur les dossiers sensibles ; pCloud (Zoug) pour le stockage personnel simple.

Au lieu des pièces jointes qui débordent : SwissTransfer

Le service gratuit d’Infomaniak pour envoyer de gros fichiers, serveurs en Suisse, sans créer de compte. Une habitude à donner à toute une équipe.

Vendre et gérer

Au lieu de Salesforce ou HubSpot : Odoo (Belgique)

CRM, devis, facturation, stocks : une suite open source modulaire, avec des intégrateurs présents en Suisse romande. Le gain n’est pas que la localisation : c’est de ne payer que les modules utilisés.

Au lieu de QuickBooks : Bexio, Banana ou Abacus (Suisse)

La comptabilité est le domaine où la Suisse n’a rien à remplacer : Bexio (rachetée par la Mobilière), Banana (Lugano) et Abacus (Saint-Gall) parlent TVA suisse, salaires suisses et QR-facture nativement. Si vous êtes encore sur un outil américain ici, la migration est la plus rentable de cette liste.

Au lieu de DocuSign : Skribble (Zurich)

Signature électronique qualifiée, reconnue par le droit suisse (ZertES) comme par le droit européen (eIDAS). Pour des contrats signés valablement des deux côtés de la frontière.

Au lieu de Mailchimp : Brevo (Paris), ou la Newsletter d’Infomaniak

Les envois, les listes et les statistiques, sans que votre fichier d’adresses traverse l’Atlantique. La nLPD s’applique aussi aux newsletters.

Au lieu de Shopify : PrestaShop (Paris)

Open source et auto-hébergeable, avec un vrai écosystème francophone. À dimensionner honnêtement : Shopify reste plus simple à opérer ; PrestaShop vous appartient.

Mesurer

Au lieu de Google Analytics : Matomo auto-hébergé, ou Plausible (Estonie)

Matomo est un logiciel libre que l’on installe sur son propre hébergement suisse ; configuré sans cookies, il se passe de bannière de consentement. Plausible, société estonienne, offre la version légère hébergée dans l’UE. Ce site utilise Matomo, auto-hébergé à Genève : les visites de peringer.ch ne nourrissent aucune régie publicitaire.

L’IA et les langues

Au lieu de ChatGPT : Le Chat (Mistral, Paris), Apertus (EPFL et ETH Zurich), ou l’auto-hébergement

Mistral est l’alternative européenne grand public la plus aboutie. Apertus, le modèle ouvert suisse publié en 2025, se déploie chez Swisscom ou sur vos machines. Pour les documents internes, l’auto-hébergement est réaliste ; pour la capacité brute des tout derniers modèles, les acteurs américains gardent une avance : quand elle compte, des modèles frontière servis depuis les régions cloud de Zurich, par réseau privé, restent le compromis le plus défendable.

Au lieu de Google Translate : DeepL (Cologne)

Meilleur sur les paires de langues européennes, avec une offre entreprise qui n’entraîne pas ses modèles sur vos textes.

L’infrastructure

Au lieu d’AWS, d’Azure ou de Google Cloud : Infomaniak, Exoscale, OVHcloud, Scaleway

Pour l’hébergement web, les machines virtuelles et le stockage objet, l’offre suisse (Infomaniak à Genève, Exoscale dans plusieurs régions suisses) et européenne (OVHcloud, Scaleway) couvre les besoins d’une PME ou d’une commune. Ce qui manque encore : la profondeur de catalogue des hyperscalers, rarement nécessaire à cette échelle.

Au lieu de LastPass ou 1Password : Proton Pass (Genève), KeePass, ou Passbolt (Luxembourg)

Un gestionnaire de mots de passe est le premier outil à rapatrier : c’est lui qui garde les clés de tous les autres. Passbolt cible précisément les équipes.

Migrer sans se faire mal

Ne remplacez pas tout, et surtout pas tout en même temps. La bonne méthode suit les échéances : un contrat qui se renouvelle, une hausse de prix, un nouveau besoin. À chaque échéance, un outil, un export complet des données, une période de recouvrement, puis la résiliation. Et pour chaque nouvel outil, la question de sortie posée avant la signature : comment récupérerai-je mes données ?

C’est exactement le travail de la ligne Cloud & infrastructure de ce site : inventorier ce que vous payez, décider ce qui mérite de rester américain, migrer le reste vers des services qui relèvent du droit suisse ou européen, et documenter le tout pour que la prochaine migration ne dépende de personne, pas même de moi.